Thor Navigator Wrote:La méthode allemande (récente) est possible grâce au maillage important du réseau. Rien de tel en Espagne, où non seulement le réseau classique est peu développé mais en plus il n'est pas au même écartement que les LAV. La France modernise ses LGV sans interrompre le trafic pendant des mois ou même des semaines en continu (la seule exception fut pour le remplacement des postes et des PCD mais ça s'est limité à 5 jours d'affilé, avec quelques circulations de substitution sur le réseau classique). Il y a matière à critique pour une partie des travaux sur le réseau classique mais au moins sur LGV, on fait le maximum pour maintenir le service ferroviaire à un niveau proche du nominal.
Concernant l'accident d'Urda, faut-il comprendre en creux qu'il y aurait eu un "contraire sécu" dans le fonctionnement de la signalisation latérale, conséquence indirecte des travaux ?
Difficile de dire s'il y a eu un "contraire sécu" à Urda suite à des travaux, ça ne semble pas se dire pour le moment.
Ce que j'ai pu bâtir à partir des infos lues depuis mercredi sont au moins 4 causes principales, chacune avec de très multiples causes à son tour :
1. Une conception du système de contrôle commande de secours avec un "piège" natif, l'utilisation de cantons longs au lieu des cantons courts du système principal. Quand on circule sous couvert de l'un ou de l'autre, pas de problème ; mais la phase de transition a un risque car il peut y avoir (comme cela a très probablement été le cas ici) deux trains dans le même canton long.
Le "piège" était tendu depuis l'origine de la ligne, mais le trafic à l'époque (1992, quelques trains par jour) le rendait très peu probable, ce qui n'est plus du tout le cas actuellement. Ce qui est plus inquiétant est que le même principe est utilisé sur l'ensemble des autres LGV espagnoles avec les cantons longs supervisés par l'ETCS 1 ou l'ASFA par rapport aux cantons courts de l'ETCS 2.
2. Des défaillances trop nombreuses du système principal LZB (le ministre trouve "normal" qu'il y ait eu 170 défaillances de la LZB depuis début 2026, sans commentaire), ce qui rend courante la situation à risque du point 1 qui devrait être extrêmement rare. Ce serait très, très, très, TRÈS intéressant de connaître les raisons de cette piètre fiabilité. Politique de maintenance ? Compétences des entreprises qui font la maintenance ? N'oublions pas que la maintenance sur le réseau Adif est très largement sous-traitée (presque à 100 % sur les LGV *).
3. Un règlement de la circulation qui prescrit 2 procédures différentes dans 2 situations dégradées assez proches (sans entrer dans les détails et cas particuliers, panne du bord LZB ou panne du sol LZB). Dans un cas, reprise à vitesse normale sous la supervision de l'ASFA (donc 200 km/h) ; dans l'autre, reprise en marche à vue. Dans une situation perturbée dans la CCR, avec des appels qui se multiplient et la pression de la régularité, le risque d'erreur de procédure existe. À ce titre, la Renfe (l'EF historique, donc, pas le GI) a indiqué hier qu'elle prescrivait désormais à ses conducteurs la marche à vue pour toute reprise de circulation en cas de panne du système de contrôle commande sur LGV, indépendamment de ce que puisse dire la dépêche reçue (lu dans le journal, je n'ai pas pu vérifier l'information).
4. L'erreur de communication entre l'AC et le conducteur.
Dans un pays sérieux, cet accident ferait l'objet d'une enquête très poussée pour en trouver toutes les causes et faire des corrections systémiques afin qu'il ne se répète plus, parce qu'il y a matière à corriger beaucoup, beaucoup de choses. Mais on parle, malheureusement, de l'Espagne de 2026, à 1 mois d'élections législatives qui plus est. Ici, à part jeter en pâture l'AC pour se dédouaner complètement et essayer d'en tirer le maximum profit politique (les enregistrements du poste ont été faits publics le soir même de l'accident, forcément par quelqu'un qui y avait accès, donc pas le premier passant, ce qui est en soi une violation de la loi), je n'attends pas grande chose (le déraillement d'Angrois de 2013 et celui d'Adamuz de janvier 2026 étant les meilleurs tristes exemples de comment les choses se passent par là-bas).
(*) Quelques apartés sur l'entretien du réseau :
- Les OCP (pour utiliser l'acronyme habituel en France) sur des WE commencées en 2025 sur la ligne entre Castelló et Tarragona pour préparer les gares au futur changement d'écartement (des RAV, majoritairement) se sont soldées presque systématiquement soit par une restitution tardive de plusieurs heures le dimanche soir, soit par un arrachement de caténaire par le premier train après reprise du trafic le dimanche après-midi, soit les deux cumulées... D'ici, je me pose beaucoup de questions sur la compétence des entreprises qui ont projeté et exécuté ces chantiers (le GI se trouvant de fait dans la situation de Railtrack en 2002, avec perte des connaissances et compétences et perte de la maîtrise de l'état de son réseau).
- Aucun chantier de renouvellement de ligne sur ligne fermée en Espagne se termine dans les délais prévus et annoncés, aucun sans exception. Au mieux (et c'est rare), les délais sont doublés ; au pire, on ne sait pas puisque les chantiers en question sont en cours alors qu'ils auraient dû se terminer en 2025...
- La question de fermer la LGV Madrid Barcelona (donc la partie la plus ancienne date de 2004) pour la renouveler a certainement été soufflée dans l'oreillette du ministre par les mêmes entreprises qui font l'entretien de la ligne depuis son ouverture, celles qui l'ont laissée se dégrader irrémédiablement et pour qui une fermeture complète est beaucoup plus simple et lucrative que des travaux de nuit pendant des années. Quant à l'intérêt général, qui devrait être le souci du GI et du ministère, j'insiste, le GI se trouve de fait dans la situation du Railtrack de 2002 et le pays est politiquement complètement polarisé, donc ça passera par pertes et profits. En tout cas, l'annonce d'un délai de fermeture de 2 ans n'a aucune crédibilité. Une fois la ligne fermée et tout le trafic reporté sur l'aérien, plus aucune urgence, vous pourrez compter un délai au moins x2.
Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous (SNCF... 1992).
La complexité du système ferroviaire n'est pas une nouveauté... mais elle a de l'avenir (anonyme des années 1930... plus que jamais d'actualité en plein XXIème siècle).