Mais j'ai quand même quelques réflexions à exposer.
Je ne pense pas, comme je viens de lire ci dessus qu'il y a une grande différence entre la France et la Suisse, juste une question de mentalité, de mise devant le fait accompli, ce qui peut aisément être modifié par des campagnes médiatiques comme on sait les faire.
Je prendrais un exemple ancien, celui de la ligne Paris-Cherbourg. La mise en service des "turbotrains" avait été accompagnée d'une campagne publicitaire vantant les temps de trajet et surtout les fréquences. Je n'ai pas les chiffres en tête, mais l'augmentation de la fréquentation avait été conséquente entrainant rapidement des problèmes de capacité. A cette époque, les techniciens savaient faire des choses remarquables que des commerciaux ( pas encore des spécialistes du "marketing") avaient su vendre. Rappelons nous ces "turboprofs", mot entré dans le langage courant, qui, habitant Paris, allaient enseigner plusieurs fois par semaine à Caen!
Il s'est produit la même chose à la mise en service des RTG sur les transversales Lyon-Nantes, Lyon-Strasbourg.
La ruralité de la France est une réalité dans pas mal de régions, mais celle ci n'est qu'un prétexte pour délaisser les services, et pas que les transports. Les utilisateurs des TER ne font pas en grande majorité du cabotage entre deux bourgades peu éloignées. Ils utilisent ce moyen pour se rendre à la grande ville la plus proche, soit pour y rester vaquer à leurs occupations, soit pour utiliser une correspondance. Et c'est là la faiblesse de ce qui nous est proposé en termes de transports. Plus que la vitesse, c'est la fréquence qui n'encourage pas l'utilisation des transports publics. C'est bien de pouvoir se rendre en ville s'il faut absolument ne pas rater le dernier train, souvent très tôt dans la soirée, ou avoir des creux de dessertes de plusieurs heures lorsque l'on a par exemple qu'une seule démarche ne prenant qu'une heure.
Je reviens en Suisse, avec l'exemple de la ligne Genève-La plaine-Bellegarde. Elle dessert une zone rurale, peu urbanisée après Meyrin, et végétait avec quelques rares liaisons mal réparties. Les politiques ont pris leurs responsabilités, et plutôt que de transférer sur route, ont eu l'audace de tout remettre à plat. Achat des Bem, cadencement, desserte établie au début jusqu'à La Plaine avant que les engins ne soient autorisés à se rendre en France. Le succès a été tel qu'il a fallu augmenter la fréquence, louer du matériel à la SNCF avant l'achat des Flirt. Il y a même eu des dessertes suisses assurées en Z2, conducteur SNCF accompagnées par un contrôleur CFF! On en est maintenant à un cadencement à la demi-heure, à l'heure en fin de soirée, et avec le projet d'allonger les quais pour autoriser les UM. Comme quoi, un peu d'audace et une volonté politique d'élus pragmatiques peut faire vraiment bouger les choses.
J'ajoute que les genevois ont une mentalité française sur l'amour de leur voiture, mais il a quand une limite. Et quand l'offre est là, ça peut tout changer.
Une autre anecdote concernant le conservatisme syndical en France: avant la mise en place de la desserte de Bellegarde par les Bem, les CFF avaient proposé à la SNCF un partage des activités de conduite entre les deux administrations. Mais les Bem étaient équipées pour la conduite à agent seul. Les syndicats français avaient exigé la présence systématique d'un contrôleur..... La suite, les conducteurs suisses ont eu la totalité de la charge de travail, les Bem sont venues à Bellegarde, et maintenant il n'est plus question de partager la charge, même avec les Flirt!
Pour en revenir à la France, j'ose imaginer une expérimentation d'augmentation de fréquence, de cadencement sur un axe porteur reliant deux grandes agglomérations, je pense à Nantes-Bordeaux par exemple, avec un train chaque heure, une politique d'arrêts constante le long de la journée, des automoteurs à capacité moyenne, une approche industrielle de la gestion des moyens, une bonne campagne médiatique, et des tarifs très simples avec une liberté de prendre le premier train qui se présente, donc sans ce Yeld management et cette réservation obligatoire rebutante.
Je me moque de qui pourrait se livrer à cette expérimentation, privé ou SNCF, simplement des responsables qui y croient, et un personnel motivé..... Je sais, je rêve....
Excusez ce pavé, et encore je me suis retenu d'en écrire plus....



