par Gatito18 » 27 Oct 2026 16:40
Bonjour,
Enfin une bonne nouvelle concernant le ferroviaire espagnol !
Renfe a attribué aujourd’hui à Siemens le contrat portant sur l’achat de 30 trains à grande vitesse Velaro Novo (+10 en option). Le montant du contrat s’élève à 1,2 Md€, maintenance incluse, soit environ 40 M€ par rame.
Voici les caractéristiques du matériel retenu :
• Matériel homologué à V360, pour une vitesse commerciale de V350 max.
• 520 places assises (404 en seconde classe et 116 en première).
• 7 voitures par rame, pour une longueur totale de 200 m.
• Livraison des 5 premières unités sous 40 mois, et de la totalité des rames commandées sous 62 mois.
Ce matériel vise notamment à remplacer la série 100, dérivée des TGV Atlantique français, qui compte 8 voitures.
Un deuxième marché devrait suivre, portant sur l’achat d’au moins 60 rames à grande vitesse supplémentaires, afin de couvrir la demande liée notamment à l’ouverture de nouvelles LGV (Y basque, corridor méditerranéen, Madrid–Lisbonne, etc.).
Cependant, les observateurs espagnols restent très sceptiques quant au calendrier annoncé par Renfe et Siemens. Livrer 5 premières rames en moins de 4 ans pour du matériel qui n’existe tout simplement pas encore en Europe, ça semble très, très optimiste. Certes, Renfe présente ce train dans son communiqué comme une simple évolution de la série 103, basée sur la famille Velaro et mise en service il y a près de 20 ans. Mais entre une évolution d’un matériel existant et le développement, l’homologation et la mise en production d’une nouvelle génération de trains, il y a quand même une différence.
Le seul concurrent face à Siemens était Hitachi avec son ETR1000. CAF et Talgo ne s’étaient pas présentés : le premier ne dispose tout simplement pas de matériel dépassant V250 à son catalogue, tandis que le second s’est enlisé dans la catastrophe industrielle de son Avril S106, sans parler du S107, dont on ne sait toujours pas très bien ce qu’il advient. Alstom avait également présenté une offre, avant de se retirer cet été, en estimant notamment que Renfe était « excessivement ambitieuse » sur les délais imposés et les caractéristiques demandées, en particulier la V350.
Espérons malgré tout que ce nouveau matériel arrive plus ou moins dans les délais annoncés, mais surtout qu’il fonctionne correctement !
Car, très clairement, le Talgo Avril S106 n’est toujours pas au niveau. Le sera-t-il un jour ? La question se pose sérieusement. De nouvelles fissures sur les bogies des rames à écartement fixe affectées à la ligne Madrid–Valence auraient d’ailleurs été détectées en septembre, après de premières fissures apparues sur le matériel engagé sur Madrid–Barcelone.
En attendant, une partie des S106 auparavant affectés aux services AVLO Madrid–Barcelone et AVE Madrid–Valence se sont retrouvés à assurer des services Avant en Catalogne, des relations entre Madrid et Valladolid, ainsi que des services Media Distancia en Galice. Des affectations qui semblent elles-mêmes avoir évolué depuis septembre, toujours à la suite de problèmes de fissuration des bogies.
La capacité de ces rames est pourtant idéale pour ce type de services, mais ceux-ci plafonnent à V250 dans le meilleur des cas. C’est quand même dommage d’avoir acheté du matériel capable de rouler à V330 pour des services AVE, pour finalement se retrouver à peine trois ans après ses débuts commerciaux avec des rames affectées à des services régionaux !
Et que dire de la crise que traverse le ferroviaire espagnol depuis plusieurs mois ? Les chiffres sont franchement inquiétants, et je n’aurais jamais cru voir une telle situation dans un pays comme l’Espagne, qui dispose pourtant de l’un des réseaux à grande vitesse les plus développés d’Europe.
Depuis les accidents d’Adamuz, en Andalousie, et de Gelida, en Catalogne, en début d’année, la qualité de service s’est effondrée sur une bonne partie du réseau, aussi bien sur les services AVE que sur les trains régionaux et les Cercanías. En cause notamment : la multiplication des travaux d’urgence et des LTV, qui touchent désormais une multitude de lignes gérées par ADIF, y compris — et surtout — la LGV Madrid–Barcelone.
Quelques chiffres pour illustrer la situation de ces derniers mois :
• Ensemble du réseau ferroviaire : baisse de fréquentation de 11,6 % entre janvier et août 2026, dont −14,1 % pour les services à grande vitesse.
• Services grande vitesse (AVE, AVLO, OUIGO, iryo) : baisse de fréquentation de 20 % sur les quatre premiers mois de l’année. Cette baisse s’explique notamment par la fermeture de la LGV Madrid–Séville pendant plusieurs semaines à la suite de l’accident d’Adamuz, ainsi que par l’interruption des liaisons Madrid–Málaga durant les premiers mois de l’année après un éboulement. Sur Madrid–Barcelone, les premiers et derniers trains de la journée ont également été supprimés afin de dégager des plages de travaux plus longues.
• Rodalies de Catalogne : une ponctualité de seulement 39,8 %, ce qui en fait probablement l’un des réseaux les plus touchés par les défaillances d’infrastructure. Il faut aussi prendre en compte des facteurs externes au gestionnaire d’infrastructure et à l’exploitant, avec de nombreux actes de malveillance signalés depuis un certain temps : tags, rixes, caillassages, etc.
• Ponctualité nationale : seulement 46,9 % pour l’ensemble des services voyageurs sur les premiers mois de l’année !
Et les conséquences des LTV sur les principales LGV espagnoles sont loin d’être négligeables :
• Madrid–Barcelone : +25 min, avec un temps de parcours minimal passé de 2 h 37 à 3 h 02.
• Madrid–Valence : environ +4 à 15 min selon les horaires, avec un temps minimal passé de 1 h 50 à 1 h 54.
• Madrid–Séville : environ +10 à 20 min selon les horaires, avec un temps minimal passé de 2 h 30 à 2 h 40.
L’une des racines du problème semble clairement se situer du côté du gestionnaire d’infrastructure ADIF, notamment au niveau de sa politique de maintenance, historiquement largement sous-traitée et surtout dépourvue des moyens suffisants pour mener à bien l’ensemble des opérations nécessaires dans de bonnes conditions.
Évidemment, tout ne peut pas être imputé à ADIF, mais la multiplication des LTV, des travaux d’urgence et des défaillances sur le réseau pose quand même de sérieuses questions sur la stratégie de maintenance suivie ces dernières années.
Et à ce jour, les réponses politiques apportées à cette crise ne semblent clairement pas à la hauteur des enjeux.
Alors espérons que cette commande de nouvelles rames GV marque le début d’une nouvelle ère pour le ferroviaire espagnol. Mais avant de penser à rouler à V350, il faudrait déjà réussir à faire circuler les trains existants correctement, dans des conditions de fiabilité et de ponctualité acceptables !